samedi 18 août 2018

Joël, Rachid et Aziz : réflexion entre deux vagues

Le surf commence mercredi.
The bay se surfe à marée basse avec houle du nord et d’ouest. Ce sont les conditions idéales pour nous avec des vagues d’un mètre qui vont gonfler en début d’aprem à 1,8 m.
Les filles vont à l’eau avec Younès Douan, leur prof et légende du longboard au Maroc.Il est fils de pêcheur d’un village près de Casa. Un vrai water man, dreadlocks blonds et vraie gentillesse pour rien gâcher.
Votre serviteur monte au pic près de la digue avec 7/8 collègues dont la moitié de français . Première vague, hop deux cents mètres d’une vague lente qui vous pousse tout tranquillement vers la droite et le sable.
J’en profite pour alterner les départs backside et frontside. Younès me dit de partir gauche pour garder la vague plus longtemps.

Et ainsi de suite pendant 5 heures accompagné de Paloma qui s’éclate et espère toujours une dernière vague encore meilleure.Les chiens ne font pas des chats.On convient qu’elle ne viendra plus aujourd’hui(la vague).
Gigi et Lucie arrêtent à midi pour rejoindre la piscine de Dar Zitoun.






























Elles ont sympathisé avec Hida et Otman, mère et fils qui occupe aussi notre palais au dessus de l’Atlantique.
Quand on rentre,Younès nettoie la plage avec les bénévoles de chez Olo, ou quand les considérations écologiques occidentales arrivent à Imsouane.
Vraiment bien, ce coin. 
Toujours pas compris le titre du post ?
C’est commme dans le pendule de Foucault, il faut être patient quelques lignes pour comprendre.
Joël, Rachid et Aziz
Joël, l’Ivoirien 
Dans notre demeure de rêve, nous croisons tous les matins un black discret qui s’occupe du jardin et de la piscine. 

Timide, il évite de croiser les hôtes.





Nigeriano clandestino, boliviano clandestino, ..., marijuana illegal , chante Manu Chao.
Un matin, on s’est trouvé seul et j’ai entrepris la discussion. en commençant par Drogba.
Il vient de l’ouest de la Côte d’iVoire et vit avec son frère à Casa. La population de sa région est hostile à Ouattara, le leader des nordistes élu président. Elle en paye le prix, le prix de la faim et la misère.
Alors , il a pris son courage à deux mains ( j’aurais pu parler de ses bijoux de famille aussi) et bosse depuis quelque semaines pour 100 dirhams par jour .Il doit économiser environ 1800eurso pour embarquer sur un zodiac vers Ceuta et arriver en Espagne .Son eldorado.
Il sait que certains sont dénoncés par les passeurs ,une fois l’argent donné. 
Il a choisi cette voie moins dangereuse que la Lybie puis la Turquie et pire encore que les Canaries par Dakhla au Maroc.
« Je recommencerais jusqu’à ce que Dieu me dépose à ma place. »
Il a confié ses trois enfants à sa mère et lui envoie quelques subsides 
100 dirhams c’est 65000 francs CFA et on vit dix jours avec cette somme chez lui. 
Je connais les bornes de l’émigration entre Rocard et toute la misère de monde qui ne peut être accueillie par la France,
 je connais aussi le beau discours du président Macron qui rappelle que les valeurs de l’Europe lui intiment l’ordre de 
faire quelque chose, je connais enfin la xénophobie de 

beaucoup d’européens qui refusent leurs émotions et leur 
humanité   pour macérer dans leur colère.

Tous ces discours n’ont plus grand cours quand on rencontre un migrant, que l’on perçoit sa détermination sans limites, sa capacité à envisager de mourir pour espérer.
Alors, quoiqu’il arrive, il va falloir que la France et l’Europe accueille une partie de la misère du monde. De plein gré ou pas. C’est juste cela qu’il reste à choisir. Joël, lui, il tentera tant que Dieu ne l’aura pas déposé à sa place.
Rachid Brifi est un notable d’Imsouane. Il a 41 ans. Joël est en quelque sorte son migrant.
Il possède des surf shop, deux restaurants. Il est fils de pêcheur berbère qui possédaient beaucoup de terrains autour de la baie d’Imsouane. Son père lui a légué une belle situation qui lui permet de posséder beaucoup de choses inaccessibles pour les ptits gars du coin: zodiac pour alller pêcher, fringues européennes barnchees, un petit air de Johnny Depp versions surfeur rebelle.
Il me raconte que ses oncles étaient partis en France pour fuir la pauvreté et que seul son père est demeuré pêcheur. C’est le dernier à rester et à ne pas devenir migrant.
Il a rencontré les premiers touristes français en 1978.
Ils pêchent et surfent ensemble depuis.
Aziz lui, est un ancien pêcheur quî travaillait 16 h par jour comme pêcheur sur un bateau pour assurer la,subsistance de sa miséreuse famille.
« Il a tellement travaillé qu’il est devenu fou ». Et c’est qu’il 
est un peu inquiétant au premier abord, parlant seul, fixant d’un regard glaçant les passants.

Rachid le nourrit et lui prête du matériel de surf,il lui donne 
aussi des invendus de sa marque « Imsouane surf spirit. »

Migrant un jour ? Possible pour tous.
L’incertitude du monde est telle que personne ne peut jurer que sa descendance n’aura pas à migrer pour chercher un meilleur avenir.
Depuis qu’on connaît Joël, mes filles ne regardent plus les black qui vendent des ceintures. Elles savent leur courage.


Je fais court dans ce post car les vagues sont parfaites.Comme les cèpes, d’autres vous les ramassent si vous traînez.

Imsouane, surfing time au Maroc


Pourquoi atterrir dans ce petit port de pêcheurs au bout 
d’une corniche improbable ?
Entre Essaouira la raffinee et Agadir la populaire, on avait envie d’un coin calme et authentique, si possible avec du surf.
Et il se trouve que j’avais lu dans une revue spécialisée que la plus belle vague d’Afrique était la droite d’Imsouane, baptisée « The bay »: 800 mètres de long , 3 minutes de surf, 10 minutes de marche pour revenir en face du pic.
En plus, pas monstrueuse  à surfer et assez protégée des courants par sa baie. Les fortes vagues sont en plein hiver, c’est la pleine saison qui voit migrer les surfeurs européens et basques en particulier. Ce con de Liza a fait une émission sur ce village.
Mon collègue Patxi a séjourné ici avec sa chérie à Pâques et il était hébergé à Olo Surf une auberge de jeunesse avec du confort de vieux.

Elle est gérée par un franco-marocain qui emploie trois permanents et 8 bénévoles qui travaillent 6 heures par jour en échange du gîte, du surf et du couvert:il y a Soukaina de Casa, Marie des Cantons de l’Est au Québec, Rud du Pérou, etc...
Un peu comme l’auberge espagnole version Maroc .Ceci donne une ambition très décontractée, soûl surf spirit.
Il nous ont logé à Dar Zitoun, une magnifique villa en hauteur qu’ils louent pour un homme d’affaires français. Au même prix que le bas.
Ce dernier ne se la réserve que 2 mois par an et elle est tout simplement exceptionnelle. 
Une petite balade au coucher du soleil finit de nous convaincre qu’on va passer du bon temps ici. Le passage à la criée nous indique que l’on va se régaler: rougets, dorades, sardines, crabes, loups du jour sont vendus pour les pêcheurs.

Vous choisissez’ vous donnez le nom du resto, ils le préparent et l’emmènent pour que le cuistot  le grille sur un demi-bidon.

Ce sera mardi crab, mercredi bonite et jeudi dorades avec 
salade marocaine et frites, crêpes bretonnes de chez Pierre en dessert.





























jeudi 16 août 2018

Migration vers le Maroc Atlantique

Lundi 13 août 
Ce lundi, on a quitté Touda pour Marrakech en taxi par Tizin’Tighrgist.
4 heures de trajet.Plus court car on passe un col de moins qu’à l’aller.
Le riad est dans la médina , on y a tourné un épisode de « Échappées belles ». Superbe deco, piscine , tout est là sauf l’accueil de deux ronchons qui n’ont pas d’eau , mal au dos pour t’aider à porter les gros sacs dans la labyrinthique médina et qui te pressent de finir ton déjeuner pour qu’il repartent se reposer.


La télé leur est montée à la tête. Je vais te leur faire une belle pub à ces deux gougnafiers. A commencer par en parler au perfectionniste Saïd.

Pas trop envie de retourner chez les Arnakech, mon va aller à la rencontre du Marrakech hype, en dehors de la médina. Gueliz, Masiria, La Palmeraie sont les quartiers à la mode. Beaucoup de français y ont élu domicile: boutiques, lounge bar, fusion food, salles de gym. Même DSK, Sarkozy et Villepin. Balkany, on lui a saisi le pauvre.
On passe du séculaire au 3.0.















Repas à La Paillote, une tente de berbère géante avec une musique mixée par un dj local qui mélange tubes internationaux et musique du Maghreb.
Mardi 13















La migration continue . On va vers le Maroc de la mer.Lors de notre voyage précédent, nous avions séjourné à Agadir et à Essaouira.
Nous avons mis le cap vers la pointe d’Imsouane entre les villes ci-dessus.
Une vague parmi les 10plus belles du monde, la plus longue d’Afrique avec une droite de 800m. Maintenant qu’il y a 4 surfeurs dans la famille, c’est The place to be.

Par contre, c’est pas à côté...5 heures de bagnole pour arriver à Dar Zitoun notre hôtel .
Pas degueulasse.C’est un français qui la loue 10 mois sur 12 . Piscine à cascade, vue sur la vague, le top.

Demain, on ride.Alors au lit!!!