Le surf commence mercredi.
The bay se surfe à marée basse avec houle du nord et d’ouest. Ce sont les conditions idéales pour nous avec des vagues d’un mètre qui vont gonfler en début d’aprem à 1,8 m.
Les filles vont à l’eau avec Younès Douan, leur prof et légende du longboard au Maroc.Il est fils de pêcheur d’un village près de Casa. Un vrai water man, dreadlocks blonds et vraie gentillesse pour rien gâcher.
Votre serviteur monte au pic près de la digue avec 7/8 collègues dont la moitié de français . Première vague, hop deux cents mètres d’une vague lente qui vous pousse tout tranquillement vers la droite et le sable.
J’en profite pour alterner les départs backside et frontside. Younès me dit de partir gauche pour garder la vague plus longtemps.
Et ainsi de suite pendant 5 heures accompagné de Paloma qui s’éclate et espère toujours une dernière vague encore meilleure.Les chiens ne font pas des chats.On convient qu’elle ne viendra plus aujourd’hui(la vague).
Gigi et Lucie arrêtent à midi pour rejoindre la piscine de Dar Zitoun.
Elles ont sympathisé avec Hida et Otman, mère et fils qui occupe aussi notre palais au dessus de l’Atlantique.
Quand on rentre,Younès nettoie la plage avec les bénévoles de chez Olo, ou quand les considérations écologiques occidentales arrivent à Imsouane.
Vraiment bien, ce coin.
Toujours pas compris le titre du post ?
C’est commme dans le pendule de Foucault, il faut être patient quelques lignes pour comprendre.
Joël, Rachid et Aziz
Joël, l’Ivoirien
Dans notre demeure de rêve, nous croisons tous les matins un black discret qui s’occupe du jardin et de la piscine.
Timide, il évite de croiser les hôtes.
Nigeriano clandestino, boliviano clandestino, ..., marijuana illegal , chante Manu Chao.
Un matin, on s’est trouvé seul et j’ai entrepris la discussion. en commençant par Drogba.
Il vient de l’ouest de la Côte d’iVoire et vit avec son frère à Casa. La population de sa région est hostile à Ouattara, le leader des nordistes élu président. Elle en paye le prix, le prix de la faim et la misère.
Alors , il a pris son courage à deux mains ( j’aurais pu parler de ses bijoux de famille aussi) et bosse depuis quelque semaines pour 100 dirhams par jour .Il doit économiser environ 1800eurso pour embarquer sur un zodiac vers Ceuta et arriver en Espagne .Son eldorado.
Il sait que certains sont dénoncés par les passeurs ,une fois l’argent donné.
Il a choisi cette voie moins dangereuse que la Lybie puis la Turquie et pire encore que les Canaries par Dakhla au Maroc.
« Je recommencerais jusqu’à ce que Dieu me dépose à ma place. »
Il a confié ses trois enfants à sa mère et lui envoie quelques subsides
100 dirhams c’est 65000 francs CFA et on vit dix jours avec cette somme chez lui.
Je connais les bornes de l’émigration entre Rocard et toute la misère de monde qui ne peut être accueillie par la France,
je connais aussi le beau discours du président Macron qui rappelle que les valeurs de l’Europe lui intiment l’ordre de
faire quelque chose, je connais enfin la xénophobie de
beaucoup d’européens qui refusent leurs émotions et leur
humanité pour macérer dans leur colère.
Tous ces discours n’ont plus grand cours quand on rencontre un migrant, que l’on perçoit sa détermination sans limites, sa capacité à envisager de mourir pour espérer.
Alors, quoiqu’il arrive, il va falloir que la France et l’Europe accueille une partie de la misère du monde. De plein gré ou pas. C’est juste cela qu’il reste à choisir. Joël, lui, il tentera tant que Dieu ne l’aura pas déposé à sa place.
Rachid Brifi est un notable d’Imsouane. Il a 41 ans. Joël est en quelque sorte son migrant.
Il possède des surf shop, deux restaurants. Il est fils de pêcheur berbère qui possédaient beaucoup de terrains autour de la baie d’Imsouane. Son père lui a légué une belle situation qui lui permet de posséder beaucoup de choses inaccessibles pour les ptits gars du coin: zodiac pour alller pêcher, fringues européennes barnchees, un petit air de Johnny Depp versions surfeur rebelle.
Il me raconte que ses oncles étaient partis en France pour fuir la pauvreté et que seul son père est demeuré pêcheur. C’est le dernier à rester et à ne pas devenir migrant.
Il a rencontré les premiers touristes français en 1978.
Ils pêchent et surfent ensemble depuis.
Aziz lui, est un ancien pêcheur quî travaillait 16 h par jour comme pêcheur sur un bateau pour assurer la,subsistance de sa miséreuse famille.
« Il a tellement travaillé qu’il est devenu fou ». Et c’est qu’il
est un peu inquiétant au premier abord, parlant seul, fixant d’un regard glaçant les passants.
Rachid le nourrit et lui prête du matériel de surf,il lui donne
aussi des invendus de sa marque « Imsouane surf spirit. »
Migrant un jour ? Possible pour tous.
L’incertitude du monde est telle que personne ne peut jurer que sa descendance n’aura pas à migrer pour chercher un meilleur avenir.
Depuis qu’on connaît Joël, mes filles ne regardent plus les black qui vendent des ceintures. Elles savent leur courage.
Je fais court dans ce post car les vagues sont parfaites.Comme les cèpes, d’autres vous les ramassent si vous traînez.



































































